dimanche 15 novembre 2009

C’est un site d’une discretion parfaite. Je veux dire que chaque phrase qui y est inscrite absorbe la jachère de la vie. L’auteure est une femme d’un âge amical. Sans doute. Je la lis depuis des mois. J’ai l’impression de connaître sa demeure, sa rue, son quartier, de précéder ses déplacements. A vrai dire, de comprendre ses attentes simples et évidentes. Cette phrase, par exemple, pleine et lumineuse que personne n’écrira sauf elle. Cette phrase magnifiquement anodine et si parfaitement essentielle. “Une de nous, celle qui est habituellement la plus secrète, nous a assez timidement confié certaines vulnérabilités et quelques difficultés qu'elle connaît actuellement. J'ai beaucoup, beaucoup aimé l'attitude des autres. Je les regardais toutes trois et j'étais fière d'elles. Je pensais aussi à tous ces gens de ma vie, principalement à ceux auxquels je suis particulièrement attachée et je me sentais vraiment heureuse, vraiment riche. Je suis en vie et j'aime.”. C’estr une valse lente si douce au coeur.
Je dois réapprendre à écrire. A regarder courir mes doigts sur le clavier, à écouter le bruit sourd des touches sous la pression de mes phalanges et celui plus agaçant du tabulateur. A regarder l'écran qui se noircit des lignes serrées de caractères. Seulement alors, vouloir dire quelque chose. Amorcer une description ou une réflexion. Puis, me mettre à sourire, hésiter, douter, effacer et recommencer à moitié ou autrement. M'énerver sans raison. Laisser agir le temps, les instants. Me demander pourquoi les mots tardent à s'écrire et veulent dire si peu en vérité. Refondre une nouvelle fois la version ultime et finir par abandonner pour le reste de l'heure. Je dois aussi réapprendre à lire autrement que par pavés de vingt lignes. J'ai cherché dans XXI, un article suffisamment long que pour éprouver patience et esprit mais c'est curieusement dans un petit manuel byzantino-greco-slave consacré à la liturgie de Jean Chrysostome que j'ai trouvé mon bonheur. Soeur Manuella, à mes côtés pendant l'office, m'a proposé de suivre la liturgie dans les langues de l'oecuménisme essentiellement pratiquées à Chevetogne. A deux reprises, j'ai senti ses fins doigts bousculer mes pattes pour m'indiquer sur les étroits feuillets le début d'une prière ou d'un chant. Je pense avoir à faire à soeur Manuella car une petite étiquette collée au dos du manuel imprimé à Fribourg et photocopié par ses soins signale qu'elle habite à Chevetogne en bordure d'Ywoigne. Beaucoup de mal à deviner son âge, la couleur de ses yeux, elle est dans une pénombre permanente due à sa position discrète dans un coin de la nef. Je me suis donc retrouvé à lire ce missel divisé en trois colonnes de l'oraison initiale à l'otpust, successivement en grec, en français et en slavon. L'exercice, associé à l'habitude des chants et des interventions en cours d'office, m'est apparu comme un beau moment d'exaltation. Totalement inattendu. Pratiqué pendant plus de deux heures, il m'a valu de sentir le plaisir des mots remonter d'en moi doucement, de plus en plus simplement. Des mots soudain ajustés et liés. Je dois réapprendre à fermer les yeux après l'éclair. Entre l'éclair et le tonnerre. Pour être persuadé de la force du souffle.
Ne craignez rien. Rien ne va qui n'était prévisible et assumé. Voilà bien une petite phrase qui m'agace. Mais faisons avec. Je n'ai livré à personne les moments de douleur, de tristesse, de maladie que je viens de vivre pendant ces longs derniers mois. j'hésite à dire dix mois, il doit bien y en avoir douze tant le début est sournois. Doute d'abord avant d'être fatigue. C'est la tête qui rechigne plombant des habitudes qui avaient la vertu, justement, des habitudes. Faire est inutile. Remise à plus tard. Remise à vieux outils qui soudain ne servent plus. J'ai transporté mon départ, mon changement de lieu. Je l'ai transporté. J'en ai arraché les racines pour les replanter ici. Effrayé et fatigué . Je dis: J'ai transporté mon départ. Là où légèreté et nouveauté devaient s'installer. Là où découverte s'imposait, j'ai tout fait pour ne pas changer, pour garder ce qui finalement me paralysait. Et je crois que j'ai, hélas, réussi même si les murs sont vivants, le jardin superbe, le cadre magique.
Retrouvé par hasard ou par destin.

vendredi 20 février 2009

C’est à cause de notre besoin de sauver les apparences que nous laissons faire l’histoire ou que nous l’activons. Que nous laissons se déplier toutes ces choses anodines auxquelles, soudain, nous donnons une importance qui nous rassure ou nous encombre. Laissez-moi, un instant, être plus vieux que vous et plaider pour le déjà jadis. Votre patience des mots, votre douleur des mots, votre vigueur des mots sont jeunes et tendres. Vous êtes dans une robe de soirée.